Ne tombons pas dans les pièges... à calories !
Les incendies qui ont pour origine un dysfonctionnement d’un appareil de chauffe et (ou) de ses conduits de raccordement et de fumée (cheminées à foyer ouvert ou fermé, inserts, poêles à bois) sont fréquents. Leurs conséquences sont, la plupart du temps, sévères, si elles ne provoquent pas des victimes.
Le non respect, lors de l’installation, des distances de sécurité ou écarts au feu (entre un matériau inflammable et un organe de l’installation tel qu’un conduit de fumée ou de raccordement) ou encore la création d’un piège à calories (volume non ventilé dans lequel s’engouffre la chaleur) comptent parmi les causes d’incendie les plus fréquentes.
Les « règles de l’art » sont pourtant clairement précisées dans les NF-DTU 24.1 et 24.2, documents qui devraient guider tout professionnel digne de ce nom.
Néanmoins, en pratique, les choses sont souvent plus compliquées qu’elles ne paraissent et bon nombre d’installateurs, sans pour autant être laxistes, commettent des erreurs d’appréciation lourdes de conséquence.
L’installation d’un conduit de raccordement ou de fumée dans des maisons anciennes nécessite des investigations poussées, avant d’entreprendre de quelconques travaux. Parfois, l’environnement (traversées de planchers en bois, espaces creux non visitables) rend la juste appréciation du danger difficile.
Faut-il, dans ces cas, appliquer une démarche d’analyse et d’évaluation des risques ? Sans aucun doute. Les professionnels concernés par ce type d’installation en ont-ils, en revanche, la capacité ? Et qu’en est-il de ceux qui achètent et installent leur propre appareil de chauffe ainsi que les conduits nécessaires, sur la base d’une simple notice de montage ?
Nous vous invitons à constater ce qu’il est advenu d’une installation réalisée par une entreprise dont on peut dire qu’elle est dirigée par un professionnel soucieux de la sécurité des ses ouvrages. L’auteur de ces lignes, ayant eu à connaître le contexte dans le cadre d‘une expertise judiciaire, en témoigne.
Et pourtant…
cas pratique

Un propriétaire décide, dans une maison ancienne, de faire installer, par un professionnel, une cheminée à foyer fermé (type insert), intégrée dans une hotte. L'appareil est raccordé à un conduit de fumée neuf, indépendant de celui qui existe par ailleurs dans la maison.
La configuration des lieux nécessite de traverser un plancher en bois, afin de pouvoir installer le conduit de fumée.

Le volume de la hotte ainsi que le conduit de raccordement sont totalement isolés par un isolant M0(incombustible). La hotte est ventilée et décompressée, conformément aux règles de l’art (DTU 24.1 et 24.2).
Le conduit de fumée (métallique double paroi) est raccordé au conduit de raccordement (métallique simple paroi), dans le volume de la hotte, puis traverse le volume de faux-plafond et le complexe plancher avec scories, pour déboucher à l’étage.

L'appareil fonctionne sans difficultés, à la satisfaction générale, durant plusieurs mois. Un soir d'hiver, le foyer est activé. La température à l'intérieur du conduit de raccordement augmente progressivement. Un isolant l'entoure dans sa traversée du volume de la hotte.
La chaleur accumulée par la paroi métallique du conduit de raccordement se transmet, par conduction, à la paroi intérieure du conduit de fumée, bien que le tirage soit normal.

Les conduits de raccordement et de fumée sont soumis à des températures importantes qui se traduisent par un échauffement de leurs parois allant jusqu’à bleuir l’enveloppe métallique, y compris la paroi extérieure du conduit de fumée à double paroi.
Cette coloration d’origine thermique a pu être constatée après le sinistre, comme en témoigne les vues ci-contre.

La chaleur est transférée par rayonnement et convection dans le volume du faux plafond constitué de matériaux combustible (bois essentiellement). Ce phénomène, comme le montre la vue ci-contre (avec les deux flèches jaunes), est aggravé par un défaut d'étanchéité entre le volume de la hotte et le plancher en bois. Un espace annulaire existe, en effet, autour du conduit de fumée, ce qui explique la convection de la chaleur en direction des volumes creux du plancher en bois.
Ce volume de faux-plafond n’est que très faiblement ventilé, en partie supérieure, à travers l’espace constitué par la distance de sécurité de 50 mm, en périphérie du conduit de fumée.
Il constitue, de ce fait, un piège à calorie.
Le bois, omniprésent dans le volume du faux-plafond, est soumis à une chaleur importante.

Les éléments constitutifs du plancher s’enflamment moins de deux heures après l’allumage de l’insert, probablement après avoir été portés à leur température d'auto-inflammation.
Le feu se propage, par convection et conduction, au coffrage en bois entourant partiellement le conduit de fumée à l’étage supérieur.
L’incendie se généralise, les dégats sont considérables.
Quelques conseils...
Les travaux de fumisterie nécessitent une réelle compétence professionnelle. Ils ne s'improvisent pas. L'installation d'une cheminée à foyer fermé, ou tout autre appareil de chauffe, a fortiori dans une maison ancienne, imposent une étude préalable, afin d'apprécier au plus près les dangers potentiels.
L'installateur devra, tout au long de la réalisation de l'ouvrage, scrupuleusement veiller au respect des règles de l'art qui lui sont données par les DTU correspondants. Mais bien que très détaillés, les documents normatifs ne déclinent pas forcément toutes les configurations possibles.
Dès lors, l'installateur doit réaliser une véritable analyse et évaluation des risques d'incendie qui complètera sa parfaite connaissance du bâtiment et de ses composantes. Au besoin, en cas de doute, il saura trouver, auprès de techniciens spécialisés, le complément de conseil qui lui est nécessaire en vue de garantir un ouvrage sûr et pérène.










